Deuil périnatal – A ma lentille partie trop tôt…

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En ce 15 octobre c’est la journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal. C’est bien première fois que j’entends parler de cette journée, cela prouve que ce sujet n’est pas assez abordé, c’est encore un sujet tabou, alors que beaucoup de femmes, de couple vivent ce moment douloureux. Alors j’ose, j’ose ici vous raconter mon histoire…

[…]

Tout débute avec les 2 fameuses barres roses, le test positif! Une joie immense de nous dire que ça y est un petit être d’amour grandit en nous! Tout se passait bien, nous étions si heureux. Comme tout première grossesse j’avais besoin de me sentir rassurée je ne voulais pas attendre l’échographie des 3 mois et j’ai demandé à faire un échographie de contrôle précoce aux alentours de 6 SA. Je prends donc rendez-vous dans un cabinet d’échographie près de chez moi, mon conjoint n’a pas pu être présent pour l’occasion, cela devait être une formalité, donc je ne lui en voulais pas. Je m’installe dans cette pièce sombre, l’échographiste me donne les instructions, et commence une échographie endovaginale, car à ce stade de la grossesse c’est plus efficace…

Mes yeux restent figés sur cet écran où je cherche mon tout petit bébé… Evidemment à ce stade de la grossesse on voit simplement un petit point, bébé fait à peine la taille d’une lentille. Au bout de quelques minutes de silence, le praticien m’annonce le pus naturellement du monde qu’il n’y a pas d’activité cardiaque que la grossesse n’est pas évolutive… (l’empathie il connait??). Il retire l’engin de mon corps, et me laisse là en plan, seule et quitte la salle… Je m’effondre littéralement, ce qui devait être un contrôle de routine, se transforme en véritable cauchemar, et je suis seule pour vivre cette terrible nouvelle. Je me lève et me rhabille tant bien que mal, je tombe sur cette dame, secrétaire médicale sans doute, qui elle a une once d’empathie et tente de me consoler comme elle peut, mais rien n’y fait mes larmes ne cessent de couler…

Je rentre chez moi, dans cette maison que je trouve désormais vide et froide et je m’effondre dans le canapé pour joindre mon conjoint. L’attente de son retour m’a semblait interminable… En reprenant l’échographie, je vois que le praticien a demandé une échographie de contrôle 1 semaine plus tard au cas où mon bébé avait juste un peu de retard… Il y a encore un espoir.

Le lendemain matin je vais tant bien que mal au travail, je tente de joindre un gynécologue car il est évidement hors de question que je retourne dans le cabinet d’échographie. Beaucoup m’ont fermé les portes, ne prenant pas de nouvelle patiente… Je trouve enfin une gynécologue qui me fixe un rendez-vous une semaine après.

Nouvelle échographie que je fais seule une nouvelle fois. Même résultat toujours pas d’activité cardiaque, la grossesse est non évolutive. Mes larmes coulent de nouveau, mais cette femme prend le temps de m’expliquer ce qu’il en est, tente de me rassurer, elle me dit que c’est très fréquent, bien plus que ce que l’on croit, et surtout que ce n’est pas ma faute. Je me sentais coupable malgré tout, et je ne comprenais pas, j’ai une hygiène de vie plutôt saine, je suis en bonne santé, je n’avais aucune gêne aucune douleur, aucune perte de sang, pour moi tout allait bien. L‘incompréhension totale… Le médecin me prescrit des comprimés à prendre, je vais donc avorter seule chez moi… J’ai du mal à me faire à l’idée.

Je fais une prise de sang de contrôle, et passe donc à la pharmacie prendre ses comprimés (non remboursés par la sécurité sociale soit dit en passant…). Je rentre à la maison et me retrouve une nouvelle fois seule (mes proches habitent à 2h de route), mon conjoint est au travail. Le temps est long, je prends les comprimés et rien ne se passe. J’ai attendu environ 48 h avant que les premiers saignements apparaissent…

Un calvaire, vraiment…J’ai passé, je ne sais plus combien d’heures à perdre du sang abondement, comme des règles douloureuses puissance 100 000. Mon conjoint était là mais tellement impuissant face à ma douleur, mais le simple fait qu’il soit là m’a fait du bien. Je vous passe les détails de ce que j’ai vu dans la cuvette des toilettes, mais je ne souhaite à aucune femme de vivre ce moment. Je tente de supprimer ce souvenir de ma mémoire je ne saurai vous dire combien de temps ça a duré… Ma douleur était immense, non pas physiquement comme je m’y attendais mais bien psychologiquement… C’était fini, j’étais vidée, notre bébé était parti

Je suis restée une semaine seule (en journée) à la maison, à me poser 10 000 questions, à culpabiliser, à me remettre en question, à toucher mon ventre vide et froid. Une semaine ou je perd encore du sang en abondance, où je n’ai envie de rien à part de pleurer. Mon conjoint a tenté de dédramatiser la situation, me dire que ce n’était encore qu’une cellule, mais non c’était un bébé, NOTRE bébé! On se sent mère dès que le test de grossesse est positif, je sais que pour les hommes c’est un peu plus long mais non ce n’était pas une cellule à mes yeux…!

[…]

Mon histoire est semblable à tant d’autres, on dénombre environ 20 000 fausses couches par an en France, soit environ 15 à 20 % des grossesses (sans parler des fausses couches tardives…). Ne banalisons pas ces chiffres, ce sujet n’est pas tabou, parlons-en, soutenons-nous.

Je sais que je n’ai pas à me plaindre, j’ai réussi à mettre au monde ma fille depuis. J’ai mis un an tout pile à retomber enceinte, et j’y repense souvent, je me dis que Ninoute aurait dû avoir une grande sœur, ne me demandez pas pourquoi , mais pour moi c’était une fille…

En cette journée mondiale de sensibilisation, je souhaite apporter tout mon soutien à ses « paranges » ses couples qui perdent un bébé pendant la grossesse. Je pense à tous ces couples qui vivent ce drame plusieurs fois ou plus tardivement dans la grossesse ou ceux qui n’arrivent pas à avoir d’enfant. S’il vous plait, ne sous-estimés par leur douleur.

Chers paranges, je vous en prie persévérez, ne perdez pas espoir, l’issue est tellement belle…

 

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« A ma petite lentille… »

 

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8 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Aucune femme ne devrait vivre cela avec si peu de soutien et d’empathie de la part du corps médical.
    L’enfant nait dans le ventre et dans la tête de la mère au moment du « + » sur un test de grossesse.
    Perdre un enfant c’est un deuil toujours difficile à faire. Oui il faut en parler. Il faut dire, poser les mots, c’est si important.
    Merci d’avoir partagé ton histoire et de tendres pensées pour toi.

    Aimé par 1 personne

    1. Ninoute dit :

      oh mille mercis pour ce gentil commentaire. Je suis consciente que d’autres vivent des situations bien plus difficiles mais c’est quand même un deuil, même si tôt dans la grossesse… Belle journée!

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  2. queenee971 dit :

    oh je connais très bien cette histoire, car également 1er + c’est soldé par une fausse couche, car non évolutif le plus dur c’est qu’on avait réussi au bout de la 3 eme stim . Moi aussi je suis restée de longues heures en souffrance sous l’impuissance de mon homme.
    heureusement comme toi, après 6 long mois d’essais, je suis maman d’une merveilleuse petite fille.
    plein de courage à toute celle qui passe par la.
    Moi je n’ai pas oublié, j’y pense bcp moins, mais cet épisode est gravé sur ma peau. Car le lendemain de ma fausse couche j’ai fais un tatouage.

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    1. Ninoute dit :

      Merci bcp pour ton témoignage! Nous sommes marqués par ces événements de la vie et je crois que cela nous rend plus fortes et consolide notre désir de devenir maman à tout prix. Tu as fait quoi comme tatouage si ce n’est pas indiscret?

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      1. queenee971 dit :

        un loup en mandala, c’est un peu un animal totem et inspirant pour moi

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      2. Ninoute dit :

        ça doit être très joli 🙂

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  3. LilaRose dit :

    Incompréhension du corps médical dans ces moments éprouvants ! Merci pour ces mots les proches peuvent mieux comprendre le ressenti mais je pense qu’effectivement il est bien difficile de s’imaginer ce qu’épprouve les mamans à ce moment là… Heureusement une petite puce adorable est arrivée pour faire le bonheur de toute la famille et de marraine ❤️❤️

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    1. Ninoute dit :

      Merci ma belle, je suis aussi consciente que d’autres parents vivent des moments bien plus douloureux et qu’il faut relativiser mais cette douleur n’est pas à négliger non plus. Ma poupette est mon rayon de soleil oui.. ❤️

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